FOI ET CONVERSION

 

Il n’y a de vrai foi que la foi de conversion. Cette conversion qui bouleverse la vie. A une Messe dominicale j’ai entendu le prédicateur affirmer : « La foi n’est pas du domaine du sensible ». Je me disais : celui à qui Jésus se révèle un jour est ‘’tout chaviré’’. Il est rempli de paix, de joie et d’amour. Il sent en lui une brûlure, souvent il pleure en abondance, pleurs de joie. Est-ce que cela n’est pas du domaine du sensible ?
Que de personnes j’ai vu pleurer lors du sacrement de réconciliation ou pendant que je prie sur elles et que Jésus guérit. Un jour, j’entends une personne de quarante ans dire : ‘’Mais qu’est-ce qu’il m’arrive, moi qui ne pleure jamais, voilà que je pleure ?’’ Que de visages, j‘ai vu s’illuminer quand il y avait l’onction de l’Esprit Saint. Tout cela ne se passe pas dans le domaine du rationnel ou intellectuel. C’est vrai que la foi intellectuelle n’est pas du domaine du sensible. Mais est-elle la foi donnée par Dieu, une foi personnelle ? La foi de conversion saisit toute la personne, sa chair, son âme, son esprit, son cœur intérieur. Jésus ne s’est pas adressé qu’à l’intelligence, il a su toucher le cœur des foules. Croire en Jésus conduit à aimer, à s’aimer pour aimer les autres. Or l’amour dépasse de loin ce qui est rationnel. D’ailleurs Dieu qui est Amour n’est pas ‘’raisonnable’’.

La Croix qui est la plus belle preuve d’amour de Jésus est bien du domaine du vécu et du sensible. Le Christ nous a aimés avec son corps, son âme, son esprit. Il a senti les crachats, les coups, la flagellation, les épines de sa couronne, le poids de la croix et les clous traverser ses mains et ses pieds. Vouloir tout raisonner, ne croire qu’à ce qui se démontre, s’explique, est-ce cela la foi au Christ ressuscité ? Dieu ne se démontre pas : il se rencontre. La conversion est une rencontre personnelle avec Dieu qui se rend présent ou se révèle à moi par une parole qui bouleverse ma vie. Cela se produit souvent à l’improviste : à l’Eglise pendant une adoration, devant un magnifique lever ou coucher de soleil, en montagne ou au bord de la mer, en regardant un beau visage, un beau regard. Cela peut se produire sur la route, chez soi ou sur le lieu de travail. Toute rencontre personnelle avec Dieu change la vie de la personne. Sur le chemin d’Emmaüs les deux ‘’pèlerins’’ s’en allaient tout tristes. Quelqu’un les rattrape et se joint à eux. Il les questionne sur la raison de leur tristesse et leur explique les Ecritures. Comme il se fait tard et que le jour baisse, ils l’invitent à souper avec eux. A la fraction du pain ils reconnaissent Jésus ressuscité. Ils se disent entre eux

« Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Ecritures ? » (Lc 24, 13-35)
Quand le cœur est tout brûlant, cela se sent. Dans l’accueil que je fais, il m’arrive d’avoir le cœur tout brûlant en parlant de Jésus. Il arrive souvent que c’est la personne que j’écoute, à qui je parle, qui sent cette chaleur intérieure en elle et parfois dans tout son corps. Jésus est là, l’Esprit Saint est là, lui, qui est le Feu de l’Amour.
Lorsque les Apôtres, le jour de la Pentecôte, sont envahis par l’Esprit Saint, ils sortent dehors, parlent des langues qu’ils ne connaissent pas. Ils n’ont plus peur de proclamer Jésus ressuscité.
« Tous furent alors remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. » (Ac 2, 1-4).  L’Esprit Saint les a transformés : cela s’entend et se voit, ils sont méconnaissables. D’ailleurs certains disent : « Ils sont pleins de vin doux ! » (Ac 2, 13)

Ainsi toute rencontre avec Dieu, Père, Fils et Esprit Saint transforme la personne.
Affirmer que la foi n’est pas du domaine du sensible c’est, sans doute, le signe que l’on n’a jamais rencontré Dieu personnellement. Seulement cette sensibilité de la présence de Dieu que vit tout converti ne dure pas toujours. Il va y avoir des passages de purification, de sécheresse intérieure où la personne ne sent plus rien. Cela est le temps de purification de la foi qui grandit. Elle ne s’appuie plus sur le sensible mais sur la certitude de la Parole de Dieu et de la présence de Dieu dans ce désert intérieur. Elle devient une offrande totale à Dieu dans le silence et l’impression d’un grand vide en soi. Plus ce vide est grand, plus l’action de Dieu est efficace : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 3, 20). C’est pourquoi la foi pour être vécue suppose une conversion continuelle, car même convertis, nous restons capables de pécher.

Jésus se révèle progressivement. Je me convertis par sa Parole qui m’interpelle sur ma vie. Voilà ce que dit Dieu ; voilà comment je vis : Il m’est arrivé de réfléchir pendant dix ans sur un texte de la Parole de Dieu et c’est la dixième année que ce texte pénétrait en moi et devenait vie. Dieu a tout son temps. Il est éternel. Nous, nous sommes des passagers, donc des gens pressés. C’est progressivement que Dieu touche notre cœur et l’ouvre à son Amour. Notre cœur s’ouvre lentement parfois à Dieu... Comment pourrait-il contenir l’Amour de Dieu ? Il est bien trop petit... il faut que lui aussi grandisse pour déborder d’amour. Dieu appelle toujours le pécheur à la conversion.

« Par ma vie, oracle du Seigneur Dieu, JE ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à la conversion du méchant qui change de conduite pour avoir la vie. Convertissez-vous, revenez de votre voie mauvaise. » (Ez 33, 11) « Convertissez-vous et vivez ! » (Ez 38, 32)
Jésus nous dit : « Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. » (Lc 15, 7)

Tous nous avons besoin de repentance, car tous nous sommes pécheurs. Dès lors que nous croyons en la Parole de Dieu, et Jésus est la Parole vivante du Père, nous savons que rien n’est perdu. En effet, Jésus, le Bon Pasteur va lui-même à la recherche de sa brebis qu’il a perdu. Il la cherche jusqu'à ce qu’il l’ai retrouvée. Celle-là au moins fait une rencontre personnelle avec Dieu. Elle découvre sa tendresse et son amour. Comment ne pas se convertir quand nous sommes sur les épaules du Christ Jésus, le vrai Berger ?

La conversion est toujours un acte d’abandon à l’Amour de Dieu, qui conduit la personne convertie à donner son cœur à Dieu : Voilà l’acte de foi : désormais nous nous appuyons, non sur nous, mais sur Dieu seul qui est notre force.« Je m’appuie sur toi pour aimer Seigneur » Nous devenons alors cette terre que le Seigneur ensemence par sa Parole pour que nous produisions du fruit en abondance. Nous devenons des sarments féconds de la Vigne :

« Je suis la vigne ; vous, les sarments » (Jn 15, 5)
Notre cœur comme celui de la Bien-aimée est malade d’Amour. Nous allons laisser Dieu créer en nous un cœur pur et notre cœur va devenir comme celui de Jésus : doux et humble. Il va s’ouvrir à la dimension du monde. Dans toute rencontre avec Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, la personne s’aperçoit très vite qu’il faut qu’elle aide les autres à connaître Jésus-Christ, donc à LE rencontrer. Il est vrai que dans la Bible, toute rencontre avec Dieu débouche sur une mission :
- aller vers les autres rappeler la Parole de Dieu ;
- les aider à vivre la Parole de Dieu.
- Dans un acte de foi, tout converti devient témoin des oeuvres de Dieu en lui.
Mais dans l’Eglise catholique n’avons-nous pas oublié d’enseigner que c’est tous les jours qu’il faut se convertir, c’est-à-dire revenir à Dieu, lui donner son cœur ? La tentation nous guette tous : reprendre notre cœur, donc s’éloigner de Dieu et vivre pour soi. La paresse vient vite nous empêcher de témoigner de notre foi. La tiédeur, alors nous envahit : nous n’avons plus le temps de prier, de nous nourrir de la Parole de Dieu, de participer à la Messe, de vivre avec et pour Dieu ! : Une nouvelle conversion est nécessaire.

 « Malheur à moi, je suis perdu ! car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au sein d’un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, Seigneur Tout Puissant. » (Isaïe 6, 5)
Dans cette rencontre avec Dieu, Isaïe prend conscience de ce qu’il est : un pécheur. Alors un séraphin vient vers lui, tenant dans sa main une braise qu’il avait prise avec des pinces sur l’autel. Il touche les lèvres d’Isaïe avec cette braise et dit :
« Voici, ceci a touché tes lèvres, ta faute est effacé, ton péché est pardonné. » (Is 6, 7)
Voilà la conversion intérieure qui est toujours une purification intérieure. Alors Isaïe entend la voix du Seigneur qui disait :
« Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ? » Et je dis : « Me voici, envoie-moi. » (Is 6, 8)
Il y a d’abord la « Rencontre avec Dieu », puis la conversion et enfin l’envoi en mission.
Nul ne se convertit pour lui-même. Il connaît une grande paix et beaucoup de joie et d’amour, mais pour aller proclamer sa foi pour que les autres aussi accueillent Dieu. Il en est ainsi pour tous ceux qui se livrent à Dieu. Désormais leur vie, c’est Dieu et Dieu les envoie vers les autres.
Pierre Jarry, prêtre

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